Sibylline, trait pour trait

Je suis partie récemment à la rencontre de Sibylline Meynet, 27 ans, illustratrice indépendante basée à Paris.
Originaire de Haute-Savoie, elle est la fille de Félix Meynet, papa de notre héros de fiction local, « Fanfoué des Pnottas ».

D’où vient ta passion ?
J’ai grandi dans un environnement artistique et culturel. Les livres traînaient un peu partout à la maison, tout comme les VHS et les instruments de musique. 
J’ai toujours aimé dessiner et n’ai jamais arrêté, au point de décider d’en faire mon métier en me lançant dans l’illustration freelance une fois mon bac en poche. J’avais 18 ans.

Comment tes proches ont accueilli ce choix ?
J’ai été encouragée par mes parents, qui comprenaient totalement que l’école n’était pas mon truc. Ils savaient que j’étais sérieuse dans ma démarche et ils ne m’ont jamais forcé à étudier.
Mon père est auteur de BDs et ma mère occasionnellement coloriste, alors je connaissais déjà « l’envers du décor », ainsi que les pour et contre de cette profession. Avec leur expérience, j’étais consciente des difficultés que j’allais rencontrer.

Quel a été ton parcours ?
Sans études ni formation, j’ai progressé petit à petit, et j’ai eu notamment la chance de rencontrer des gens du métier, par exemple lors de festivals de BDs. J’ai reçu beaucoup d’encouragements et depuis, je n’ai jamais cessé d’aller plus loin dans mes projets. 
Aujourd’hui, je n’ai aucun regret, je vis ma vie d’illustratrice comme je l’entends, et le soutien de mes proches et des personnes qui suivent mon travail sur Internet ne font que confirmer mes envies d’avancer.

Comment t’es-tu fait connaître ?
En partageant beaucoup d’illustrations, principalement de femmes, sur les réseaux sociaux. Les gens sont toujours très réactifs et bienveillants. 
Justement, grâce à Instagram, et en plus de mes travaux pour l’édition française, je travaille maintenant pour l’édition américaine (Kaboom & Valiant Entertainment) ainsi que pour de grandes marques comme Microsoft ou Netflix.

Quels sont tes habitudes de travail ?
Concernant mes outils, j’utilisais Photoshop auparavant mais il y a deux ans, je suis vraiment revenue aux « basiques » papier et crayons. Sinon je n’ai quasiment pas d’horaires, je peux terminer une journée à 18h comme à minuit. Etant introvertie et assez réservée, je peux aussi passer des heures à travailler sans voir le temps défiler.
Et quand j’ai un peu de temps libre, j’adore dessiner pour moi et avancer sur mes projets personnels.

Peux-tu nous en parler ?
En ce moment, je fabrique en duo avec ma soeur Apolline un projet de bande-dessinée qui me tient à coeur : l’itinéraire d’une jeune femme en quête de réponses sur sa famille et d’un groupe de musique nommé Jellyfish, plongé dans les aventures d’une ville star-system aux accents d’Hollywood.
Nous en sommes encore à l’écriture, mais espérons pouvoir le concrétiser bientôt grâce à une maison d’édition qui nous suit et nous guide dans notre démarche.

Et pour tes derniers ouvrages parus ?
Une bande-dessinée parue en juin 2017, « Silencieuse(s) », sur le thème du harcèlement de rue, vécu au quotidien par les femmes partout dans le monde, avec au scénario Salomé Joly.

Qui est-elle ?
Il s’agit d’une étudiante en droit à l’Université de Genève très impliquée dans la lutte contre ce problème. 
Favorable à une sensibilisation auprès de différents publics, elle considère la BD comme le support pédagogique idéal pour les jeunes concernant ces questions.

En parlant de la Suisse, est-ce que le lac Léman te manque ?
La Haute-Savoie, c’est mon passé et ma famille. J’ai eu une super enfance et j’ai grandi entourée de montagnes et de vaches à Bellevaux. 
Mais ce n’était pas vraiment ce dont je rêvais pour démarrer une carrière artistique.

Comment ça ?
Eh bien, refuser des rendez-vous parce qu’on vit à 5h de train de la capitale, c’est quand même dommage…Malgré Internet, pour arriver à se faire une place dans ce milieu, il faut vivre en ville.
En revanche, et après deux ans passés à Paris, j’aime revenir pour les vacances, car ça fait toujours du bien de revenir aux sources.

Justement, quels sont les hobbies qui te ressourcent ?
Avec ma soeur – qui habite à une rue de chez moi, on regarde des films de notre enfance, par exemple L’Etrange Noël de Monsieur Jack de Tim Burton. Il nous arrive aussi de mettre en fond sonore des clips ou de la musique comme les Destiny’s Child !

C’est plutôt « vintage », non ?
A vrai dire, je suis une personne très nostalgique, surtout de la période fin des 90’s-2000’s à laquelle je suis restée attachée.
On ressasse « le passé » même si en tant que vingtenaires, on n’est finalement pas si vieilles que ça.

Et est-ce que cela t’inspire pour tes illustrations ?
Je pense qu’effectivement on peut facilement retrouver cette partie de ma vie dans mes dessins, via notamment les fleurs et les étoiles qui reviennent beaucoup. 

Tu mélanges donc passions et vocation ?
Je dirais que, comme je l’ai toujours souhaité depuis toute petite, j’ai la chance de faire de ma plus grande passion ma profession. Je ne sais plus où j’ai entendu cette phrase, mais elle m’inspire beaucoup : « Choisis un travail que tu aimes, et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie ».

Je n’aurais pas dit mieux pour conclure ce papier !

© Visuels : Sibylline Meynet / DR