Le premier handi-dameur de France bichonne les pistes de Courchevel

Avec novembre, la neige a pointé son nez. Les cimes immaculées nous appellent. Et si nous pouvons dévaler de belles pentes immaculées, c’est grâce au service des pistes, armé de leurs dameuses titanesques. En cette nouvelle saison, Antoine Motillon, handicapé en fauteuil après un accident de moto, a pris place dans une de ces énormes chenilles mécaniques sur le domaine mythique des Trois Vallées. Il est le premier handicapé paraplégique a exercer ce job à 100 % au sein d’une équipe.
Rencontre avec ce professionnel qui dévoile son métier risqué pour passionné :

Comment en êtes vous arrivé là ?

Après mon accident de moto à un peu plus de vingt ans, j’ai enseigné dans un lycée professionnel le métier de couvreur, puis en parallèle,  je me suis initié au planeur et suis devenu instructeur dans le club de Barcelonnette. J’aimais la montagne et j’avais toujours gardé au fond de moi une attirance pour piloter un engin mécanique peu commun, je veux dire pour aller dans des lieux inaccessibles… L’idée de conduire une dameuse a germé. J’ai rencontré le constructeur Kassböhrer, il s’est intéressé au projet et a proposé des solutions techniques pour conduire une machine, il m’a aidé à trouver une station pour y travailler.  Invité au Salon des professionnels de la montagne à Grenoble, j’y ai rencontré des dirigeants de la S3V (Société des 3 Vallées) notamment du parc roulant de Courchevel ; ils ont accueilli mon projet avec enthousiasme. J’ai fait un essai lors de la dernière saison d’hiver à Courchevel et cet hiver j’intègre l’équipe du service damage. C’est super !

Parlez-nous de votre installation dans la dameuse ?
Le volant est remplacé par une manette, un accélérateur adapté est installé et pour gagner la cabine perchée sur les chenilles, j’ai recours à un bras hydraulique. Ce système me donne une autonomie totale. Un dispositif de passerelle me permet d’accéder au réservoir pour faire le plein d’essence sur l’arrière de l’engin. Les équipes travaillent en deux postes de 17 h 30 à 1 h du matin et de 2 h du matin à 9 h 30 avec une pause de vingt minutes pour se restaurer. Pour les vêtements, je porte les mêmes que mes collègues.

Vos impressions au poste de pilotage ?
Assister à de merveilleux couchers de soleil et au lever du jour dans un décor sublime mais aussi vivre en direct des tempêtes de neige au cɶur de la nuit, impressionnantes mais magiques aussi. Et puis, il y a la conduite si particulière de la dameuse, une grosse machine agile et précise. La solitude sur les grosses chenilles, j’aime cela. A Courchevel, une vingtaine d’engins environ évoluent en même temps chaque nuit sur les pistes. En tant que débutant, je travaille en binôme soit devant ou derrière une autre dameuse. J’ai la chance d’avoir rencontré une équipe exceptionnelle.

Votre devise ?
« Fais de ta vie un rêve et de tes rêves une réalité », d’Antoine de Saint-Exupéry. J’essaye de l’appliquer au quotidien ! Avec de la volonté, on arrive à tout surtout de belles rencontres et la contribution de l’entourage c’est primordial, j’ai cette chance.