Natalia Dontcheva, entre la scène et l’écran

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Née à Sofia (Bulgarie) d’une mère haut-savoyarde et d’un père bulgare, Natalia Dontcheva est une actrice prolifique aux multiples talents. J’ai eu l’opportunité d’interviewer entre deux tournages cette grande épicurienne, qui s’avère aussi être l’une de mes cousines éloignées.

Des séries françaises aux longs-métrages étrangers, tu enchaînes les rôles au théâtre, à la télévision et au cinéma, comment gères-tu cela ?
J’aime mélanger les genres, même si en France, il est courant d’étiqueter les comédiens selon leurs rôles. Pour moi, être hétéroclite et passer d’un registre à un autre est très enrichissant. Une formation professionnelle continue en quelque sorte, dont les exercices permettent d’être plus performante. Par exemple, la télévision apprend la réactivité, le théâtre, la constance et le cinéma, la patience.

Tu te nourris de ça ?
Absolument. Quand j’ai débuté, certains « collègues » m’ont dit que ma place serait assurée dès dix ans de carrière. Pourtant, j’ai le sentiment que c’est un éternel recommencement et un véritable challenge pour chaque acteur/trice de toujours surprendre et d’attiser le désir des spectateurs.

Justement, as-tu toujours voulu être actrice ?
Etrangement, non. Mon père et mon frère étaient déjà comédiens en Bulgarie mais je n’étais pas très à l’aise dans cette configuration familiale originale ! J’avais plutôt envie de faire des études de médecine, ou en lien avec les différentes langues que je parle, comme la diplomatie, à l’image de ma mère travaillant à l’ambassade.

Comment s’est fait le déclic ?
Lors de la visite d’un plateau de tournage : j’avais l’impression d’être « au bon endroit ». Je me suis donc inscrite en théâtre au Conservatoire National de Sofia où j’y suis restée trois ans, avant de quitter la Bulgarie pour rejoindre l’Ecole de la Rue Blanche à Paris, à l’âge de 19 ans. Je pensais que ce serait une phase transitoire, mais finalement je suis restée (rire) !

Et après ?
J’ai quitté le cursus prématurément à la suite d’une proposition de spectacle par l’un de mes professeurs deux ans plus tard. Puis j’ai eu l’incroyable opportunité d’intégrer un tournage et de rencontrer Catherine Jacob, qui m’a présentée au metteur en scène. S’en est suivi un peu de théâtre, de la télévision et surtout une rencontre-clé avec John Malkovich dont l’approche anglo-saxonne du métier m’a séduite.

Pourquoi n’as-tu pas choisi de faire carrière en Bulgarie ?
A cette époque communiste, la France était un exemple pour nous, un pays où tout était possible, presque comme un « rêve ». Je m’émancipais des traces de mes aînés avec l’envie de davantage de rôles et de liberté : pouvoir faire mes propres choix en suivant mes émotions de comédienne. Cependant, c’est aussi grâce à de très belles rencontres et je suis consciente de la chance énorme que j’ai eue. Toutes générations confondues, les acteurs bulgares dans le paysage cinématographique français se comptent sur les doigts d’une main.

Pour autant, tu n’oublies pas d’où tu viens ?
Jamais, et à plus de 45 ans, je ne suis ni frustrée ni pleine de regrets. Aujourd’hui, même si ma vie privée est désormais à Paris et que j’ai passé plus de temps en France qu’en Bulgarie, ce sont mes racines et j’y retourne souvent. Sans oublier ma vie professionnelle, qui me donne l’occasion de faire le tour du monde et de voir de merveilleux endroits.

En parlant de voyage, quel est ton lien avec la Haute-Savoie, où une partie de ta famille vit encore ?
Très fort (sourire) ! Je garde de merveilleux souvenirs de jeunesse de mes trois mois de vacances annuels au bord du Lac Léman et j’adore y revenir. Malheureusement mon emploi du temps est très chargé et aléatoire alors ce n’est pas aussi souvent que je le voudrais ! 

Et que préfères-tu faire quand tu es dans le coin ?
Simplement être avec mes proches m’apaise et me remplit de joie, et voir mon père pêcher et jardiner me ramène aux plaisirs simples de la vie. Mais si je dois vraiment choisir, ce serait les balades au port et déguster des spécialités comme les filets de perche et la fondue…miam ! Je regrette juste le « climat » de Thonon qui n’est pas fait pour moi, je repars toujours enrhumée (rire) !

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NATALIA DONTCHEVA, QUESTIONS A LA VOLEE

  • Une qualité ? 
    Je suis une grande amoureuse, et je vis d’ailleurs depuis vingt ans avec le même homme. Quand j’aime, je ne compte pas : je passe de tiède à passionnée puis investie à fond.
  • Ton regard sur la vie ?
    Je suis sereine et aime la vie avec ses hauts et ses bas, même si dans ce métier dur et exigeant basé sur l’émotion, la passion et le désir, je recherche constamment la balance entre vie privée et professionnelle. 
  • Une devise ? 
    La très connue « Never explain, never complain », qu’on pourrait traduire par « ne te justifie pas, ne te plains pas ». Et cette phrase héritée de mon père : « Dans cette vie, il faut en demander énormément pour en avoir suffisamment ».
  • Une passion ?
    Les chiens. J’ai toujours aimé les animaux mais je suis tombée amoureuse des chiens sur le tard, à 35 ans. Je ne me verrai pas vivre sans, surtout ma chienne – j’adore les femelles, allez savoir pourquoi !

  • Conseils à un/e apprenti/e-comédien/nne ?Chaque parcours est différent mais le travail est une grande partie de notre bonheur personnel, alors quand quelque chose ou quelqu’un nous montre que c’est le bon chemin, on trouve toujours un moyen !
  • avoir les épaules bien solides car ce métier peut être déstabilisant,
  • ne pas anticiper les choses car on ne sait jamais de quoi la vie est faite,
  • faire ce que l’on aime et avoir le courage d’aller au bout de ses rêves.
  • Des coups de coeur à partager ? 
    Trois livres et un film :
  • Les Furies de Lauren Groff,
  • Femme à la Mobylette de Jean-Luc Seigle, 
  • Féroces de Robert Goolrick
  • Faute d’amour de Andreï Zviaguintsev, qui a reçu le prix du jury au Festival de Cannes.
  • Ton actualité ciné ?
  • Sashinka de Kristina Wagenbauer
  • L’apparition de Xavier Giandoli
  • Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret
  • Où te croiser dans le Chablais ?
  • Aux restaurants d’Yvoire
  • Sur les plages de Lugrin, Bret et St-Gingolph
  • Aux terrasses des cafés du Port de Rives à Thonon-les-Bains